La Dame à l'hermine

Huile sur bois
Vers 1483-1486
Dimensions : 55 x 40,4 cm
Musée Czartoryski, Cracovie

   Nous ne possédons aucun document relatif à la Dame à l’hermine avant son entrée dans la collection du prince polonais, Adam Czartoryski, à la fin du XVIIIième siècle. Il faut attendre la fin du XIXième siècle pour y voir un portrait que Léonard aurait peint de la très jeune maîtresse de Ludovic Sforza, Cécilia Gallerani. Même si certains refusent d’y reconnaître la main de Léonard, il est indéniable que ce tableau sort de son atelier. Plusieurs éléments permettent de l’affirmer: d’abord, le visage de la jeune femme rappelle celui de l’ange de la Vierge aux rochers du Louvre. Il y a aussi le mouvement caractéristique de la tête, que l’on retrouve dans un dessin de la même époque et dans la Cène. Enfin, certaines parties du tableau présentent une facture qui ne trompe pas, en particulier les mains et l’hermine.
   Certains défauts dans l’exécution ne peuvent cependant être attribués à Léonard: la sécheresse dans la peinture des chairs du visage, la dureté des détails, la raideur des rubans de la robe. Sans doute s’agit-il plutôt d’interventions d’assistants du maître. Ce n’est en tout cas pas l’œuvre d’un restaurant, bien que le tableau ait été lourdement retouché. Mais ces retouches ont surtout endommagé le fond, où l’analyse aux rayons ultraviolets révèle qu’une fenêtre à la droite de tête a été effacée, fenêtre dont l’existence explique la direction de la lumière. Autre rajout relativement récent: une inscription dans le coin supérieur gauche du tableau. Hormis malheureusement le vilain glacis rose sur le visage et de légères modifications des contours, l’ensemble de la figure est resté intact.
   De quand date exactement la Dame à l’hermine? Deux indices nous permettent de fixer approximativement l’année de son exécution. En premier lieu, quelque vers du poète Bernadino Bellincioni, écrit juste avant sa mort en 1492, qui vantent la beauté du tableau. Ensuite il existe une lettre de la main de Cécilia Gallerani elle-même, adressée à Isabelle d’Este en 1498, dans laquelle elle écrit que le portrait de Léonarda été peint lorsqu’elle était « excessivement jeune ». Evidemment, on peut se demander ce qu’une femme de trente-trois ans (Cécilia est née en 1465), à cette époque, peut bien vouloir dire par-là? Je suppose qu’elle parle des années comprises entre dix-huit (1483, date de l’arrivée à Milan de Léonard) et vingt et un ans (1486).