La Joconde

Huile sur bois
Vers 1503-1507
Dimensions : 77 X 53 cm
Musée du Louvre à Paris

    Lorsque Don Antonio de Beatis, en compagnie du cardinal d’Aragon, rend visite à Léonard en 1517 dans son atelier d'Amboise, en France, il y voit trois tableaux : le Saint Jean-Baptiste, la Vierge, Sainte Anne et Jésus enfant et un portrait « d’une dame florentine peinte au naturel sur les instances du feu magnifique Julien de Médicis ». On se souvient que Julien a été le protecteur de Léonard à Rome, de 1513 jusqu’à sa mort en 1516. En dépit de toutes discussions sur l’histoire de ce tableau, il est raisonnable de penser qu’il s’agit de la Joconde, que Vasari décrira à la génération suivante. En réalité, Vasari est le premier à citer le nom de Mona Lisa Gherardini, épouse du Florentin Francesco del Giocondo. En outre, il avance que Léonard a commencé à travailler au tableau en 1503 pour arrêter en 1507. Vasari note enfin que le tableau a appartenu à François 1er. De fait, près d’un siècle plus tard, en 1625, le commandeur Cassiano dal Pozzo, dont la parole ne peut être mise en doute, voit à Fontainebleau, le portrait d’une femme qu’il appelle « une certaine Joconde ». La suite de l’histoire est en revanche limpide : le tableau reste dans les collections françaises jusqu’en 1805, date de son entrée au Louvre.
    Le temps et les restaurateurs ont déposé sur la Joconde des couches de saleté et de vernis qui jettent un voile épais sur l’incroyable délicatesse , la transparence, la luminosité. Et personne n’ose y toucher, de peur de l’endommager. Aussi doit-on avoir recours aux rayons ultraviolets pour apprécier le soin que Léonard a apporté à son exécution, la richesse du modelé, la subtilité du clair-obscur, et cette inimitable façon de créer une atmosphère brumeuse, d’estomper les contours. Grâce aux ultraviolets, on découvre le paysage tel qu’il a du être. A la place de ces dures éruptions de rochers perceptibles à l’œil nu, on distingue nettement d’étranges phénomènes naturels, semblables à des efflorescences qui se dissiperaient en vapeur. Ce paysage inhabité et mystérieux, dont le seul élément rappelant l’existence de l’homme se résume à ce pont qui se dessine comme un vestige au-dessus de l’épaule gauche de la Joconde, évoque la fin du monde.